02/12/2014

Des nouvelles de Ta-Shima - Adriana Lorusso


Acheté en 2012 lors de sa publication aux éditions Ad Astra, ce recueil était injustement resté à prendre la poussière sur mes étagères jusqu'à ce que mon coup de coeur pour Drift de Thierry Di Rollo me redonne envie de lire du space-opera (bien que dans un tout autre style). Décryptage nouvelle par nouvelle...

L'Homme d'au-delà du soleil, raconte l'intégration d'un Terrien (couramment appelé "mangeur de cadavres") sur une nouvelle planète : Ta-Shima. Si chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage, on se demande ici qui de l'"indigène" ou du Terrien civilisé est vraiment le barbare. Plus qu'un questionnement sur l'Autre,  cette nouvelle est aussi bonne façon d'introduire les bases de la société ta-shimoda et les deux races qui la composent. 

Mutation spontanée, traite de l'eugénisme mis en place sur Ta-Shima pour optimiser le génome de ses habitants et mettre de côté ceux qui sont inutiles à la reproduction de l'espèce. La chute tout comme le point de vue enfantin rend la nouvelle encore plus douce-amère. Un thème qui m'a rappelé la nouvelle "Pompe Six" et ses trogs de P. Bacigalupi.

Miséricorde et pénitence, traite cette fois-ci ce la religion ou plus exactement de l'évangélisation des Asix par un jeune moine missionnaire et idéaliste. Nourri de préceptes prônant la miséricorde, la charité... ce moine va devoir se confronter à la réalité de la vie mais aussi celle de l'Église pour qui seul compte le profit, jusque dans le commerce des âmes.

Les Asix font du tourisme, prend le point de vue d'un équipage Asix en permission sur notre planète. Là encore, notre mode de vie en prend pour son grade et paraît bien bizarre comparé au bon sens ta-shimoda. Sympa. 

L'animal de compagnie n'a par contre pas grand intérêt. C'est gentillet et ça ne nous en apprend pas plus sur Ta-Shima. Bof.

La fin du monde clôt ce recueil sur une note (finalement) optimiste. En effet, alors que les "mangeurs de cadavres" terriens s'apprêtent à envahir Ta-Shima, la population sort les grands moyens pour les contrer coûte que coûte... Au risque d'aller à l'avant d'un génocide. Mais au vu des nouvelles précédentes, on se doute rapidement des méthodes utilisées par les Shiro pour préserver leur savoir et la population. Spoiler : l'Histoire continue !

Un peu à l'instar de La Petite Déesse sur la forme, Des nouvelles de Ta-Shima nous permet d'explorer différentes facettes d'une même société/planète qui n'avaient peut-être pas été développées dans les trois autres romans appartenant à cet univers. De plus, son style quasi-ethnologique, n'est pas non plus sans rappeler le très recommandable Cycle de Lanmeur écrit par C. Léourier.

En bref, si cette lecture n'est pas un coup de cœur,  principalement dû au manque d'aboutissement de certaines nouvelles, elle est assez intéressante pour me donner envie de creuser un peu plus cet intrigant univers ta-shimoda. A suivre donc...

Ils l'ont aussi lu : Julien, Lelf

26/11/2014

Treize - Seth Patrick


Il y a quelques années, la vision de la mort a été considérablement bouleversée. En effet, c'est à cette période que Daniel Harker a révélé au monde l'existence des Revivers, personnes capables de communiquer aux morts pendant quelques minutes. Plus qu'une aide apportée aux familles pour faire leur deuil, une branche spécialisée de Revivers assiste les enquêteurs dans la résolution de meurtres, en général particulièrement violents.

 
Malgré un thème qui pourrait vite être exploité de manière sensationnaliste, l'auteur évite le plus souvent les écueils du pathos et du larmoyant quant à la résurrection des victimes. D'ailleurs, les scènes de "revival" sont convaincantes et les explications scientifiques à ce phénomène plutôt bien trouvées et approfondies.

Mais, une fois encore, si le background développé par l'auteur est très intéressant et plutôt novateur, l'intrigue principale à base de révélations et de complots n'a pas réussi à me transporter. C'est en effet tout le problème que j'ai quand les éléments fantastiques apparaissent dans notre monde connu c'est que je ne peux m'empêcher d'être dubitative et de trouver peu crédible. (Au moins, en fantasy et dans une grande partie des romans de SF, on sait tout de suite que l'on n'est pas sur Terre ou alors dans un futur tel que tout (ou presque) devient possible et imaginable.)

J'en retire tout de même un bon divertissement au style cinématographique et prenant qui, s'il ne m'a pas totalement séduit par une intrigue qui vire à l'aigre et au too much métaphysico-scientifique (sans oublier l'indispensable histoire d'amour), n'en reste pas moins un satisfaisant page turner au dynamisme rafraîchissant.

Ils l'ont lu : LeaTouchBook, Gruz

22/11/2014

La Cité des Oiseaux - Adam Novy


Parfois il y a des romans que l'on lit sans trop savoir pourquoi. Une couverture qui nous accroche sur le rayon d'une bibliothèque, puis une 4e de couv' mystérieuse évoquant un monde parallèle situé près de la Hongrie, sur le territoire américain (!). Intrigué, on commence à en lire les premières pages, qui résonnent de manière religieuse, prophétique, décrivant la fin d'une guerre fratricide et le début d'une apocalypse, et on ne le lâche plus.

Je n'en dirais pas plus pour laisser à ce roman le goût de l'inconnu qui lui va si bien mais en voici tout de même un court extrait :
"Il y a tant de choses que nous ignorons. Nous ne pouvons dire ce qui se passe en surface. Nous sommes sous terre, avec notre peau d’une pâleur éclatante et nos bougies, à scruter des fresques représentant notre histoire. Nous n’avons que des silhouettes, des gestes, des indices, des traces, des rumeurs, des dates, des surnoms et des preuves contradictoires en guise d’annales. L’histoire, et le rôle que nous y avons joué, n’est pas compréhensible, bien que nous l’ayons étudiée pendant des années. Qui peut pénétrer l’esprit des gens du passé ? C’est nous qui sommes vivants sous la terre, dans les tunnels ; nous sommes tout ce qui reste, et vous êtes les seuls à connaître notre histoire."

Il y a donc parfois des romans comme La Cité des Oiseaux que l'on lit sans trop savoir pourquoi ; mais, une fois commencé, la poésie brutale des mots nous envoûte et son flux, à la fois boueux et sanguinolent, nous emporte jusqu'à la dernière ligne où, titubant sous la violence des paroles et des actes, on referme ce roman fier d'avoir découvert un grand livre, bien qu'injustement méconnu. 

05/11/2014

La Maison des Derviches - Ian McDonald


Tout comme pour son précédent roman d'anticipation Le fleuve des dieux, Ian McDonald réussit le pari d'imaginer un futur cohérent et réaliste prenant cette fois-ci place à Istanbul en 2027. Moins foisonnant que ce dernier, La Maison des Derviches est justement plus abordable à lire sans pour autant y perdre dans la complexité de son histoire. Peut-être un meilleur accès à l'écriture de McDonald ?

De plus, ce que j'ai apprécié dans ce roman et qui me manquait dans son roman précédent, sans être pour autant gênant, est une intrigue "à taille humaine" et non pas inter-planétaire-sidérale-de-la-mort-qui-tue. 
En effet, on se sent ici plus proche des personnages et de leurs parcours, même s'il est évident que le fait qu'ils soient moins nombreux et que leurs liens soient plus tangibles rend la compréhension plus facile et nous permet de prendre du temps pour les apprécier.

"Tant que la réalité n'entre pas en ligne de compte rien n'est plus facile que s'égarer dans l'imaginaire, à Istanbul."

Par un habile mélange à base de légende urbaine, de guerre nano-religieuse et de spéculation boursière, Ian McDonald se renouvelle encore une fois et tout autant brillamment que ce à quoi il nous avait habitué (si ce n'est plus). Donc n'hésitez plus et plongez vous dans l'Istanbul fascinante et merveilleuse de La Maison des Derviches !

01/11/2014

L'océan au bout du chemin - Neil Gaiman


Échappant pour un temps au serrage de mains et à la tristesse inhérentes à un enterrement, un homme erre sans but précis sur les routes de campagne du Sussex. L'occasion pour lui de retourner sur les lieux de son enfance, peuplés de créatures magiques tour à tour terrifiantes ou merveilleuses, tirées d'un imaginaire nourri autant par les contes que les comics.

Il se remémore alors l'époque de ses 7 ans, sa baby-sitter démoniaque, la ferme des Hempstock mi-femmes mi-sorcières, le cercle des fées situé dans son jardin et bien sûr l'océan au bout du chemin, mettant en avant le fait que si "les souvenirs d'enfance sont parfois enfouis et masqués sous ce qui advient par la suite, comme des jouets d'enfance oubliés au fond d'un placard encombré d'adulte, on ne les perd jamais pour de bon."

Seulement, alors que j'avais adoré le début, j'ai eu beaucoup de mal à m'immerger dans l'imaginaire de cet enfant (sans nom) de 7 ans. La magie avait du mal à prendre. J'ai donc cru que le problème venait de moi, du fait que je devais être trop grande dans ma tête pour y croire, mon imagination d'enfant perdue en même temps que mon innocence...

Puis j'ai lu ce paragraphe qui m'a redonné foi en ma capacité à apprécier ce livre : "Les adultes non plus, ils ressemblent pas à des adultes, à l'intérieur. Vus de dehors, ils sont grands, ils se fichent de tout et ils savent toujours ce qu'ils font. Au-dedans, ils ressemblent à ce qu'ils ont toujours été. À ce qu'ils étaient lorsqu'ils avaient ton âge. La vérité, c'est que les adultes n'existent pas.Et heureusement, la magie opéra !

Flirtant comme à son habitude avec le réel, qui rappelle beaucoup le réalisme magique, Neil Gaiman y apporte sa touche de poésie mais aussi la nostalgie presque mélancolique d'un enfant planqué sous le masque (parfois) trop lourd à porter qu'affiche les adultes. Si les souvenirs sont puisés dans l'enfance, le fond de l'histoire est paradoxalement très mature. Il touchera d'ailleurs surement plus un public "adulte" que YA.

En conclusion, L'Océan au bout du chemin se nourrit de nos peurs mais aussi de nos (dés)illusions enfantines les plus profondément enfouies pour les faire resurgir des années plus tard de manière fulgurante et parfois douloureuse. Il est de l'étoffe dont sont faits les rêves les plus fantastiques comme les cauchemars les plus effrayants.

Ils l'ont aussi lu : Gromovar, Lune, Lelf, Vert, Anudar

27/10/2014

Le Fleuve des Dieux - Ian McDonald


Directement plongé dans la crasse boueuse du Gange, les odeurs épicées de Vârânâsi et le bruit des klaxons qui ponctuent la circulation, on peut se sentir rebuté tout d'abord par l'omniprésence de termes et de modes de vie qui nous sont pour la plupart totalement étrangers.

Mais dès que notre oreille s'habitue à la musicalité de ces sonorités nouvelles ainsi qu'à ces concepts et technologies innovants, on lit presque ce livre d'un jet, en apnée (ce qu'il est hautement conseillé de faire dans le cas du Gange !) pour en sortir groggy par l'ampleur et la maîtrise par l'auteur de cette histoire tentaculaire et particulièrement dense.

En effet, tout au long des chapitres et suivant les pérégrinations de neuf personnages, on prend conscience du travail effectué par Ian McDonald pour faire de cette Inde 3.0 une anticipation réaliste et intelligente ; traitant aussi bien des problèmes climatiques que des conflits anciens entre hindous et musulmans ou des progrès scientifiques et leurs effets comme avec les IA.

Cette complexité que j'ai trouvée époustouflante est aussi ce qui pourra faire tomber des mains de certains ce livre génial. C'est le prix à payer que de ne pas plaire à tout le monde mais le risque en vaut la peine. A lire pour tous les aventureux qui n'ont pas peur d'être dépaysés... Pour les plus frileux, vous pouvez toujours vous rabattre sur La Petite Déesse : recueil de nouvelles se déroulant dans le même univers mais (imo) plus accessible !

24/10/2014

Deuxième personne du singulier - Daryl Gregory

 
Thérèse est une jeune fille décédée d'une overdose de Z(en) deux ans auparavant. Enfin, presque morte, vu qu'elle sort finalement de son coma de "zombitude" mais avec beaucoup de difficultés à se rappeler son passé. Et c'est là que commence réellement son very bad trip !
 
Etrangère à son propre corps et à l'image que les autres lui renvoient de la personne qui, en quelque sorte, partageait son corps précédemment mais n'existe désormais plus. Difficile quand on doit retourner vivre chez des parents que l'on ne connaît pas...
 
Plus que l'histoire de Thérèse, c'est la problématique de l'identité qui est ici mise en avant, le fait d'être à la fois même (physiquement) et différent (mentalement). C'est en tout cas intelligemment traité et expliqué, l'auteur sortant encore une fois des sentiers battus de façon à aborder un sujet potentiellement vu et revu avec originalité. J'espère donc que les éditions du Bélial' continueront à nous faire découvrir l'étendue de son talent !

Seul bémol, mais pas des moindres, la fin est vraiment décevante et tombe comme "un cheveu sur la soupe", faisant un peu tache comparé au reste de la nouvelle. Dommage mais pas de là à remettre en question la nouvelle entière.
 

21/10/2014

La nuit commencera - Thierry Illouz


A la lecture du synopsis, comment ne pas penser au génial, extraordinaire [...] Il faut qu'on parle de Kevin qui m'a marqué au fer rouge, pas tellement par l'histoire mais par la finesse de l'auteure à retranscrire les sentiments de la mère. Bref, j'ai tout de suite vu en ce roman la préquelle d'Il faut qu'on parle de Kevin, relatant la partie manquante du procès. Fort de cette idée, l'atterrissage n'en a été que plus difficile !

Récit d'un meurtre et de ses conséquences, Thierry Illouz raconte en moins de 200 pages le calvaire d'une mère face à la sentence de son fils. La culpabilité surtout, comme si elle même était mise au banc des accusés, complice pour n'avoir pas su donner à son enfant la bonne éducation, le bon environnement familial... Une sentence qui est donc partagée par cette mère accablée par le chagrin, vivant la peine de son fils comme une sorte de mort, forcée d'en faire le deuil.

Annoncé de cette façon, tout paraît bien dans le meilleur des mondes. Malheureusement, j'ai trouvé que ce roman manquait d'émotions, de finesse, n'arrivant pas à retranscrire les sentiments pourtant multiples et vraisemblablement intenses de cette mère. J'ai donc lu ces pages sans être touchée par leur propos alors même que l'on sent que l'auteur veut faire partager un peu de ce qu'il a vécu, après toutes ces années dans le milieu judiciaire.

Et puis, il y a l'impression que l'auteur en fait trop. Prises une à une, les phrases "sonnent" bien et sont joliment tournées mais mises bout à bout, ce trop plein de style s'avère fatigant et prend le pas sur le fond des phrases. Un langage trop verbeux qui forme une sorte de barrière entre le lecteur et l'(anti-)héroïne et qui participe à cette froideur.

D'un roman au fort potentiel, l'auteur a construit ici un récit vide d'émotions ; à aucun moment je ne me suis sentie impliquée dans le récit pourtant si tragique de cette mère et son fils criminel. Une lecture un peu vaine et vite oubliée. Tout le monde ne s'appelle pas Lionel Shriver et c'est bien dommage...

17/10/2014

Enfer Clos - Claude Ecken

 
La fin de la seconde guerre mondiale a sonné et il est maintenant temps pour la société française anciennement collabo de se refaire une beauté ; montrer à tous que la France ne trempe dans ce genre de "choses" et punit sévèrement ceux qui contreviennent à cette idée. C'est justement pour fuir ces chasses à l'homme, l'avilissement et la honte qui suivent la tonte et parfois le viol des "salopes" ayant couché avec l'ennemi, que quatre frères et sœurs décident de s'emmurer volontairement dans une maison isolée et de se couper du monde extérieur.
 
S'ensuit un enfermement de près de quarante ans, une lente et terrible auto-destruction sur fond de conflits fraternels dont la violence dépasse l'entendement. On aimerait ne pas avoir à y croire, bercé par l'illusion que tout cela n'est que fictif, mais la quatrième de couverture nous rappelle brusquement à la réalité. La fin est d'ailleurs d'une ironie macabre quant au voyeurisme et à la passivité mêlée d'une population qui sait (ou suppose) mais ne dit rien puis passe à autre chose comme un page qu'on tourne.

"Comment avaient-ils réussi à descendre si bas sur l'échelle de l'humanité ? Il n'y avait pas d'explication. Il n'y avait jamais de motifs aux enfers qu'on se forge. Seulement des prétextes."

Condensant en moins de 150 pages l'étendue de la folie humaine, Claude Ecken nous plonge dans un huis-clos sordide où chaque page apporte son lot d'atrocités : viol, sadisme, perversion, inceste, torture... qui laisseraient pantois E. Zola lui-même devant tant de cruauté.

Un cauchemar qui prend vie sous la plume aseptisée d'Ecken et nous fait suffoquer d'horreur, comme si les murs de ce huis-clos se renfermaient sur nous pour nous y enterrer vivant. Traumatisant.

Ils l'ont aussi lu : Gromovar, Cornwall


13/10/2014

Anamnèse de Lady Star - L. L. Kloetzer


Autant annoncer directement la couleur, plusieurs semaines après sa lecture, je reste incapable de dire si j'ai aimé ce roman ou non. En fait, pour être tout à fait franche, je n'y ai pas compris grand chose ; seule la première partie m'a semblé "simple" à lire et à comprendre. Un sentiment bien éphémère  car les périodes et les points de vue se mélangent sans cesse dans un savant gloubiboulga qui m'a bien emmêlé les neurones.

(Je signale par ailleurs que cette lecture me paraît déconseillée en cas de troubles de la concentration. C'est un récit qui se mérite et ne livre ses secrets qu'aux plus concentrés et un peu tordus des lecteurs.)

Mais, malgré les paragraphes précédents dont la teneur pourrait faire fuir tout lecteur potentiel surfant sur ma critique, je me dois tout de même de dire que ce roman m'a bien marqué. En effet, j'ai souvent cru voir pendant et après ma lecture des symboles cachés dans les phrases du roman, du même type que celui utilisé comme arme de destruction massive dans l'intrigue. Problème neurologique ou début de conquête planétaire... le mystère plane toujours.

En définitive, le couple Kloetzer signe avec Anamnèse de Lady Star un récit hors-norme, transgenre. Un véritable OLNI littéraire qui ne plaira pas à tout le monde mais qui a au moins le mérite (et pas des moindres) de vous renverser par la puissance de son originalité et son sense of wonder indéniable !

09/10/2014

A l'affiche #1 : Spécial Zombies

Enthousiasmée par le Zombies Challenge lancé par Cornwall, je me suis décidée à visionner plusieurs films/séries à base de zombies. Bien que ce genre ne soit pas celui que j'affectionne le plus, ça reste tout de même un bon moyen de se divertir, calé bien confortablement devant sa télé.

Adapté du très bon World War Z de Max Brooks, ce film éponyme partait déjà avec un gros avantage. Malheureusement, la production hollywoodienne tombe vite dans le pathos, atteignant des records de cucuterie grâce à un tragique : "Dites à ma famille que je l'aime !" et une scène de réconciliation entre les méchants palestiniens et les gentils israéliens, chantant ensemble des "Shalom" à tue tête pendant qu'à côté des gens se font bouffer... Pfff. 

Malgré tout, les blockbusters de ce genre ont aussi la qualité de toujours nous tenir en haleine. J'ai quand même passé un bon moment et c'est déjà bien. 

***

Comme d'hab' (et à tort parfois), quand une série fait le buzz l'un de mes premiers réflexes est de ne pas vouloir la regarder. Ce fut le cas pour The Walking Dead mais comme l'engouement s'essouffle un peu autour de moi, j'ai décidé de me lancer et d'en visionner la première saison. Verdict : Même si les visuels post-apo sont cools et bien rendus, que le maigre suspens nous fait tout de même tenir, je n'ai pas réussi à m'intéresser aux personnages qui n'arrivent pas à égaler ceux des comics. En résumé, la série TV n'est qu'une pâle copie de la série de comics à quasiment tous niveaux. C'est donc une déception qui ne m'encourage que plus à continuer la lecture des comics. Presque une bonne nouvelle en sorte.

***

Traitant de façon un peu border-line la thématique du zombie, Les Revenants est une série française (cocorico) portée par le jeu de ses acteurs et une ambiance sombre. Contrairement à 90% des autres séries, celle-ci ne tombe pas dans la facilité avec du suspens et de l'action à tout va et c'est justement l'un de ses points forts. Chaque épisode se focalise sur un personnage et nous permet de mieux comprendre son histoire et sa psychée. 

Si la lenteur de l'intrigue pourra en gêner certains, elle est pour ma part essentielle à l'intrigue générale et surtout à l'ambiance. J'ai appris depuis qu'il y aura une saison 2 et j'ai vraiment hâte de pouvoir la visionner au vu de la qualité de cette première saison mais aussi de sa fin qui apporte plus de questions que de réponses !
 

http://the-last-exit-to-nowhere.blogspot.fr/search/label/Zombie

06/10/2014

Chambre 507 - J.C. Hutchins & Jordan Weisman

 
Le décor donne tout de suite le ton. Brinkvale : mi-asile psychiatrique, mi-purgatoire, tombeau creusé dans le grès pour y accueillir les pires criminels de New-York. Le froid et les ténèbres y règnent en maître, augmentant un peu plus le sentiment d'asphyxie et de malaise qui suinte des pages de Chambre 507. Sueurs froides assurées !
 
C'est d'ailleurs dans cette fameuse chambre que Zachary Taylor - art-thérapeute nouvellement engagé - va devoir statuer sur la responsabilité pénale d'un supposé tueur en série aveugle. Et pour que Zach parvienne à ses fins et réussisse à boucler son dossier avant le jugement de Martin Grace, il devra exhumer les fantômes du passé ; ceux de son patient tout comme les siens.
 
"Donnez-moi vos rebelles, vos exaspérés, qui en rangs serrés aspirent à penser libres... Et enterrez ces malheureux là où personne ne les entendra crier.

Un boulot de fossoyeur qui le fait peu à peu sombrer dans la paranoïa, à mesure que ses découvertes précisent le rôle de Grace (et de l'Homme sombre) dans la douzaine d'homicides que ce dernier est suspecté d'avoir commis malgré des alibis en béton armé. Réalité ou fiction ? Où s'arrête l'auto-suggestion et où commence la folie ?
 
Alors que les débuts reprenaient les codes plutôt classiques du thriller, on plonge rapidement dans le fantastique paranoïaque avec délire de persécution etc... Mais au lieu d'en user avec parcimonie, notre duo d'auteurs en abuse, donnant lieu à des scènes purement invraisemblables. Un style too much qui perd le lecteur dans une intrigue déjà foisonnante en révélations.
 
Malgré des débuts prometteurs et une intrigue haletante, le synopsis s'avère trompeur et les morceaux de puzzle disséminés ici et là ne s'assemblent visiblement que dans l'esprit du personnage principal. En effet, la fin ne tient pas toutes ses promesses et laisse bien des mystères irrésolus, abandonnant le lecteur dans le noir le plus complet. La seule question qui se pose alors est : Avez-vous peur du noir ? Si tel n'est pas le cas, Chambre 507 saura peut-être vous satisfaire.
 
Ils l'ont aussi lu : Gruz, Book en Stock, Unwalkers

03/10/2014

Soldat des Brumes : Intégrale I - Gene Wolfe


Dans le cadre de l'opération 15 ans 15 blogs (cf précédent article) Gilles Dumay demandait aux blogueurs participants de faire découvrir sur leur blog un auteur jamais critiqué auparavant. Pas trop difficile pour moi avec seulement 3 mois à mon actif !

***
 
A partir de concepts très intéressants et brillamment maîtrisés, G. Wolfe nous plonge dans l'univers onirique de son héros amnésique ; Latro, un soldat perdu dans les brumes de son esprit à la suite d'une blessure à la tête que nous suivons pas à pas par le biais de son journal, au gré de ses péripéties, ses rencontres avec les dieux et déesses de la mythologie grecque et bien sûr l'avancement de sa quête identitaire.
 
Mais comment peut-on découvrir qui l'on est et d'où l'on vient lorsque chaque aube se lève en emportant le souvenir du jour précédent ?

Comme Latro nous ne comprenons pas tout de ce qui nous entoure mais, par le biais de son journal intime, une certaine complicité et un attachement naît entre le lecteur et Latro, ce qui donne une ambiance particulière à la lecture. Et au-delà de la difficulté liée à l'amnésie chronique de son personnage principal, Gene Wolfe continue de s'amuser avec nos méninges en brouillant les repères géographiques et historiques que pourrait nous apporter le cadre  antique du roman.

Un pari risqué, mais à mon sens réussi haut la main, qui peut tout autant fasciner que perdre le lecteur au point de lui faire arrêter sa lecture. Si l'érudition de l'auteur séduit, pas sûr par contre que tous ses lecteurs soient à la "hauteur" de celle-ci... mais il faut tenir bon et accepter parfois de ne pas en comprendre toutes les subtilités. 

Le cycle de Soldat des Brumes s'avère toutefois plus aisé à lire que celui de L'Ombre du Bourreau, majestueux et épique mais trop souvent ardu. L'oeuvre d'un grand auteur qui, s'il n'a plus besoin de prouver l'étendue de son talent, réussit toujours à nous épater par son originalité et la beauté de son écriture. Il signe ici un voyage fascinant dans la brumes de l'esprit sur fond de Grèce antique !

01/10/2014

Opération 15 ans 15 blogs de Lunes d'Encre


En ce joli mois d'octobre, la collection Denoël Lunes d'Encre menée par l'indestructible Gilles Dumay fêtera ses 15 ans. Pour cela, j'ai été sélectionnée ainsi que quatorze autres de mes blogopotes pour faire découvrir un roman et un auteur publié par la collection. Un anniversaire qu'il est important à mon sens de célébrer, Lunes d'encre faisant partie de mes premiers et meilleurs pourvoyeurs de romans SFF.

En effet, elle incarne pour moi le must des littératures de l'imaginaire et même plus que cela vu que cette collection n'hésite pas à sortir des sentiers battus, décloisonner les frontières du genre et prendre des risques aussi bien littéraires que financiers pour nous faire découvrir ses coups de cœur. Plus que de la SFF, Lunes d'Encre publie de la littérature ; de celle qui a du style et qui ne prend pas le lecteur pour un con, qui nous émerveille et nous transporte.

Car Lunes d'Encre c'est aussi la collection qui m'a ouvert les yeux sur ce qu'on peut attendre d'un roman de science-fiction ou de fantasy, qui m'a fait comprendre que cela ne se limitait pas aux quasi-toujours médiocres D. Gemmell que je dévorais à l'époque.

Grâce à elle, j'ai découvert le style plein de bruit et de fureur de Laurent Kloetzer dans "Le Royaume Blessé" (mon tout premier LE), le génie de Ian McDonald et ses anticipations, la subtilité et l'inventivité de Gene Wolfe, le foisonnant Tom Piccirilli, sans oublier d'autres auteur(e)s comme Christopher Priest, Laurent Genefort, Jo Walton, P.K Dick, R.C Wilson... Et le plus beau, c'est que je sais qu'il m'en reste beaucoup d'autres à découvrir !

C'est pourquoi j'ai décidé de ne pas faire une chronique mais plusieurs, échelonnées tout au long du mois, pour mettre en avant des coups de cœur, des bonnes découvertes et des ovni littéraires publiés par Lunes d'Encre.

Bref, vous l'aurez compris, la bannière Lunes d'Encre flottera sur ce blog ce mois-ci !

29/09/2014

Soleil Vert - Harry Harrison


"En cette chaude journée d'août 1999, trente-cinq millions de personnes vivent dans la cité de New-York - à quelques milliers près." Tel est le constat accablant dressé par H. Harrison en début d'ouvrage, écrit en 1966, soit plus de trente ans avant la date fatidique du nouveau millénaire évoquée dans Soleil Vert. Et c'est par cette chaude journée que l'intrigue s'ouvre...

Tout commence avec le meurtre de Mike O'Brien, parrain local et ami des politiciens corrompus, qui met sur le qui-vive Andrew Rush, policier droit dans ses bottes et exténué par des journées caniculaires trop intenses. Parallèlement, on suit Billy Chung, enfant des rues pouilleux mais désireux de ne pas finir bouffé par les rats, et ce par tous les moyens. En plus de ce tandem se greffent les très attachants Sol - vétéran collé à son vélo et ses souvenirs d'avant la pénurie - et la délicate Shirl , beauté des bas-quartiers.

Mais, au fond, l'intrigue à tendance polar basée sur les personnages sus-cités n'est qu'un prétexte utilisé par l'auteur pour envoyer un message d'alarme à son lectorat d'alors et d'aujourd'hui. En effet, le titre original Make room ! Make room ! prend tout son sens vu que la surpopulation et le non contrôle de la politique des naissances sont au cœur de cet ouvrage. (L'auteur prône ici la contraception et l'égalité homme-femme, taclant au passages les puritains américains qui nous mèneraient selon lui droit dans le mur.) Sans compter le rationnement de l'eau et de la nourriture, le dérèglement climatique, les émeutes et les maladies...

"L'heure est venue désormais, nous pouvons le voir s'approcher, nous pouvons lire les signes. Le monde n'en peut plus, il va s'écrouler sous le poids de la multitude, mais avant que ne retentissent les sept trompettes lors de ce Nouvel An, cette journée où le siècle prendra fin. Alors, et seulement alors, le jugement dernier adviendra."

Finalement, et contrairement au film, pas de révélation sidérante sur la nature du "Soylent" - qui n'est même pas évoquée - mais plutôt le "simple" récit futuriste d'un monde en déliquescence. (Je tiens à préciser que je n'avais pas encore vu l'adaptation avec Charlton Heston avant de lire ce roman et ne suis donc pas déçue par cette non-révélation.)

Bien écrit, rythmé, et globalement très actuel, Soleil Vert a toute sa place dans les classiques de la SF. Plus encore, et c'est ce qui fait sa force, il n'a pas pris une ride ! A ranger aux côtés des Monades urbaines de Silverberg.

Ils l'ont aussi lu : Lune, Julien Naufragé, Cachou, Cornwall

Critique réalisée dans le cadre du challenge Morwenna's List organisé par Cornwall

25/09/2014

La fantaisie des Dieux : Rwanda 1994 - Hippolyte & Patrick de Saint-Exupéry


En 1994, d'avril à juillet, plus de 800 000 tutsis furent traqués, exécutés, découpés à la machette et jetés pour certains dans des fosses. Un génocide de 100 jours préparé depuis longtemps. Une "folie raisonnée" que raconte Patrick de Saint-Exupéry, témoin du génocide en 94 en tant que journaliste. De retour sur le territoire rwandais, il revient sur ce qu'il a vu, ses rencontres et souvenirs.

Durant ce génocide, et c'est ce que nous montre cette BD, exit le cliché du "gentil nègre" véhiculé par Banania, voici maintenant le retour du cliché du sauvage noir (surement cannibale par ailleurs). Il est vrai que l'utilisation de Zyklon B à Auschwitz ou lors d'une exécution dans le Maryland est beaucoup plus civilisée que celle de la machette. Le sang, ça tâche. Mais le sang noir est visiblement de moindre valeur vu que : "Dans ces pays-là, un génocide, ce n'est pas trop important..." dixit F. Mitterrand en 1994. Une citation mise en exergue qui nous met tout de suite dans le bain...


Ne pas voir les milliers de corps qui s'amoncellent. Ne pas entendre les cris ni les témoignages des rescapés. Ne pas parler, taire le massacre et nier sa responsabilité.

Moment particulièrement marquant dans cette BD, la vue d'un drapeau tricolore brandi par les miliciens Hutus pour féliciter l'arrivée de l'armée française lors de l'Opération Turquoise, comme en témoigne avec dégout P. de Saint-Exupéry. Des génocidaires hilares et fiers d'énoncer le nombre de Tutsis qu'ils ont tué, persuadés que la France les aiderait à "finir le travail", devant les mines parfois déconfites de militaires. Pas très étonnant vu que dans le même temps notre armée participait l'Opération Insecticide - qui prend tout son sens quand l'on sait que les Tutsis étaient traités d'"Inienzi", de cafards - chargée de former militairement les Hutus à l'extermination. Qu'elle est belle la Françafrique.

J'ai lu un certain nombre de livres (romans, essais) sur le génocide rwandais, vu des films, mais l'effet est toujours le même. L'émotion, le choc, la culpabilité aussi. Cette BD n'y déroge pas et elle a le mérite de ne pas faire dans l'étalage de "barbarie", d'images chocs. Ici, et c'est tant mieux, le poids des mots prime sur le choc des images. A lire et à méditer.

22/09/2014

Black Mirror - Saison 2


E01 Be Right Back : Juste après s'être installés dans une maison à la campagne, Arsh - le petit ami de Martha - décède dans un accident de voiture. A ses funérailles, Martha apprend qu'une nouvelle technologie permet de parler aux défunts par l'utilisation de tout ce que la personne a pu poster sur les réseaux au cours de sa vie. Une appropriation du vocabulaire utilisé, de ses blagues ou films préférés pour ressusciter virtuellement qui l'on veut. Un défunt 3.0 qui devient de plus en plus réel au fil de l'épisode, tant pour nous que pour Martha, à la fois horrifiée et complètement addict de peur qu'il ne disparaisse une seconde fois, tout en sachant que ce n'est pas vraiment "lui". Un épisode dont le concept est troublant, effrayant de réalisme mais surtout bouleversant !

E02 White Bear : Une jeune femme se réveille dans une maison, partiellement amnésique : ne sachant ni son nom ni où elle se trouve. En allant à l'extérieur, elle se rend compte que toutes les personnes autour d'elle la filment... Une étrange épidémie de voyeurisme qui toucherait 9/10 de la planète et dont les contaminés filment constamment ce qui les entoure à la recherche de scènes scabreuses. On y comprend rien, c-à-d autant que le personnage principal, jusqu'à la fin de l'épisode qui nous cloue au canapé. Je n'en dirai pas plus !

E03 The Waldo Moment : Jim est un comédien. Personne ne le connaît en tant que tel mais son avatar, Waldo, est quant à lui suivi et adulé  par des milliers de téléspectateurs. Une popularité mal vécue par Jim puisque Waldo semble l'incarner aux yeux des autres plus que le contraire. Un manque de reconnaissance criant qui pointe du doigt l'utilisation croissante d'avatars qui nous représentent virtuellement sur les réseaux sociaux ou forums (même les blogs !). Malheureusement, cet épisode est moins abouti que ce à quoi l'on était habitué auparavant et clôt donc la saison 2 de manière décevante. Pas par manque d'idées intéressantes, bien au contraire, mais peut-être à cause d'un sujet trop vaste pour être traité de façon satisfaisante en seulement 45 minutes.

Encore une fois, Black Mirror arrive à nous surprendre par la multitude des thèmes explorés, dans des genres et ambiances différentes : passant tout autant aisément du thriller au drama, du rire aux larmes. Toujours aussi intelligent, toujours aussi sombre, toujours aussi génial malgré une légère déception sur le dernier épisode !

Souriez, vous êtes filmés !

18/09/2014

Batman : Année Un - Frank Miller & David Mazzuchelli


Après des années d'exil à l'étranger, Bruce Wayne - héritier de l'une des plus riches familles d’Amérique - est de retour à Gotham City, ville légendaire où règne la corruption et le vice. Dans le même temps, Jim Gordon débarque lui aussi dans la ville, emportant avec lui ses idéaux de justice qui ne tarderont pas à lui attirer des emmerdes.

Bâti en "miroir", le scénario met ces deux héros face à face, de telle façon que Gordon vole presque la vedette à un Batman peu expérimenté et trop sûr de lui. Heureusement pour ce dernier, après des débuts timides qui lui vaudront de belles blessures, il a appris de ses erreurs et est désormais près à combattre le crime, quitte à froisser pour cela les élites corrompues et puissantes de ma ville. Malgré tout, ces exploits lui valent aussi les faveurs et la coopération d'Harvey Dent et de Jim Gordon, incarnations de la Justice dans un océan de vermine.

Batman Année Un raconte donc en une centaine de pages la naissance d'un mythe : l'homme chauve-souris. Ou plutôt celle de plusieurs figures mythiques des comics liées à Batman : l'incorruptible Lieutenant James Gordon, Catwoman (sorte de Grace Jones avec des griffes) et même le Joker (évoqué dans les dernières planches).

Servi par un dessin superbe et des dialogues tout autant réussis, Batman Année Un s'impose de manière incontournable pour les amateurs de comics comme pour les novices souhaitant découvrir Batman à ses débuts. Une revisite du mythe délicieusement sombre et tourmentée qui donne me indéniablement envie d'en poursuivre la découverte !


15/09/2014

Un éclat de givre - Estelle Faye


"Voilà, je m'appelle Chet, j'ai vingt-trois ans, nous sommes le 6 juillet 2267. Deuxième moitié du vingt-troisième siècle. Mon siècle. Je chante le soir dans les bars. Je pense à Tess, je flirte avec des inconnus. Et au matin je vomis." C'est par ces mots-là que nous faisons la connaissance de Chet, personnage principal du roman, héros tragique et charismatique d'une mission impossible : trouver puis annihiler la source d'une drogue capable de détruire l'harmonie climatique de Paris, risquant ainsi de plonger la ville dans une canicule éternelle.

Une quête digne des plus grands écrits antiques qui poussera Chet à parcourir la ville, un Paris fantasmé et fantastique au charme désuet, allant de la Butte Montmartre aux catacombes, de l'Enfer à l'Éden. Plus qu'un décor de fond, Paris se pare ici de ses plus beaux atours et s'invite sur le devant de la scène, personnage à part entière, sorte de jumelle littéraire de la Londres de Neverwhere. Le lieu mythique d'un périple riche en aventures mais aussi en émotions, tour à tour enquête policière, Freak Show tiré de l'imagination de "Dr Maboules" et histoire d'amour tragique. Une sorte de "délicieuse pourriture" baudelairienne qui se savoure et nous envoûte.

"Personne ne peut plus prétendre, en toute honnêteté, que ma ville est la plus belle du monde. Pas "belle" au sens classique du terme, pas comme les Vénus du Néo-Louvre, ou les princesses endormies dans les contes. Je crois que je le la préfère ainsi. Même avec ses boursouflures, ses nécroses. Ses recoins morts, comme les anciens dédales du sous sol. Mais qui ne demandent qu’à reprendre vie."

A la fois glauque, poétique et mélancolique, Un éclat de givre prouve une fois de plus tout le talent d'Estelle Faye, dans un style toutefois plus mature et sombre que ne l'était Porcelaine même si l'on y retrouve quelques thèmes récurrents chers à l'auteure. Un très beau roman, vibrant d'émotion et de sensibilité.

Ils l'ont aussi lu : BlackWolf, LuneCédric JeanneretCornwall

11/09/2014

Novak et son Ai-Phone - Alain Damasio


Le 9 septembre dernier, Alain Damasio offrait en exclusivité une nouvelle inédite au site 01Net : Novak et son Ai-Phone. Découpée en quatre parties, cette nouvelle se situe à Paris, dans un futur proche où seuls les plus pauvres ne possèdent pas de Gapple Glass (Google et Apple ont dorénavant fusionné) ni d'Ai-Phone.

Complètement isolé, Novak (le POV) n'a vraisemblablement d'amis que sur Tweeter, perçoit Scarlett aka Siri comme la femme idéale, est accro aux stats que lui balance son "brightphone", n'a de mémoire que virtuelle (le Cloud est toute sa vie).... Un monde 3.0 à mon sens bien peu enviable qui fait croire à l'Homme qu'il augmente ses capacités alors qu'il nous réduit à l'état de zombie tout juste capable de penser.

"Novak voit son Ai-Phone transfiguré. Ce qui lui était si familier, si unique, si personnalisé, tellement lui, tellement sa vie, n’existe plus. Life reboot. C’est comme si on lui avait refait le visage ou qu’on avait changé ses cinq litres de sang d’une seule perfusion massive."

Un récit futuriste qui tombe à point nommé, au moment même où Apple sort son dernier iPhone et la montre connectée assortie (rassurez-vous, en plus de savoir faire une tournée de lessive et penser pour vous, elle donne l'heure !). Le récit d'un cauchemar oppressant, en réalité augmentée, qui interroge sur notre dépendance grandissante aux smartphones et autres technologies connectées par la critique de la "relation" qu'entretient Novak avec celles-ci. 

A mi-chemin entre Black Mirror et Her, c'est une nouvelle à savourer sans modération ici !

08/09/2014

Le Trône de Fer IV - G.R.R. Martin


/!\ Spoilers Inside /!\

Comme l'annonce G.R.R. Martin dans l'épilogue de cette intégrale, le choix a été fait de scinder l'intrigue en deux tomes (A Feast for Crows ici présente et A Dance with Dragons), chacun reprenant le cours des événements au même moment mais avec des points de vue différents. Un parti pris qui s'explique par la quantité de personnages et le foisonnement d'intrigues mais qui nous fait trépigner d'impatience et de frustration mêlée.

Par ailleurs, alors que l'intégrale 3 se terminait dans un bain de sang, cet opus-ci se présente plutôt comme un tome de transition, voire de mise en place. En effet, si la mort de certains personnages a entraîné la fin de leurs arcs narratifs respectifs, c'est aussi l'occasion pour d'autres personnages de faire leur entrer sur scène. Ainsi, loin de se limiter à Port Réal (bien que Cersei soit l'objet de nombreux chapitres), l'intrigue se concentre consécutivement sur la famille Greyjoy aux Îles de Fer et la famille Martell à Dorne.

Malheureusement pour nous lecteurs, le choix de l'auteur évoqué précédemment est aussi lourd de conséquences. Alors que notre coeur vibrait à chaque chapitre de Jon ou Tyrion, nos petits chouchous sont quasiment absents de cette intégrale, nous tourmentant un peu plus sur ce qu'il leur adviendra dans le futur. L'absence de Daenerys ou encore de Bran m'aura par contre été bienvenue ! Heureusement, pour rendre tout cela plus équitable, G.R.R. Martin (dans sa clémence) nous accorde quelques chapitres palpitants avec Brienne et Arya, dont la fin en forme de cliff-hanger (WTF ?!?) nous laisse pantois.

Ainsi, si cette intégrale se révèle moins haletante que les tomes précédents, elle n'en est pas moins passionnante et riche en complots. En effet, de nouveaux adversaires entrent dans le "jeu des trônes" et l'on devine que les stratégies qui commencent tout juste à se mettre en place seront d'une grande importance dans la suite : A Dance with Dragons. Et connaissant l'auteur, ça va saigner. Valar Morghulis !

Muahahaha !
Ils l'ont aussi lu : Baroona, Doris, Tigger Lilly, Vert

05/09/2014

La colline aux suicidés - James Ellroy


Ayant été déçue après la lecture d'A cause de la nuit, j'ai été soulagée de voir que James Ellroy se renouvelait, enfin, un peu. Fini les tueurs psychopathes à l'intelligence extraordinaire, les femmes fatales tombant inlassablement dans les bras d'Hopkins et le fight final qui met Lloyd en fâcheuse posture mais dont il arrive tout de même à sortir vainqueur... 

En effet, on retrouve ici Hopkins viré de la crim' de la LAPD suite au fiasco de l'affaire du voyageur de la nuit, et menacé de suspension. Il travaille désormais sur une "banale" affaire de double braquage de banque, l'épée de Damoclès au dessus de la tête. Un cas apparemment simple, tout comme ses protagonistes : de petits voyous ayant commis des vols et non plus des tueurs sanguinaires. Bien sûr, cela ne sera pas si évident et se finira tout de même en boucherie pour nos chers petits voyous ivres de folie, de jalousie ou de liberté.

"Quand on baise des putes, alors toutes les femmes commencent à ressembler à des putes. Quand on aime une femme, alors toutes les femmes commencent à lui ressembler."

La fin de sa carrière approchant avec la résolution de cette affaire, il est alors temps pour Lloyd de faire ses comptes et effacer l'ardoise où ses erreurs passées s'accumulent. Pour cela, il devra se confronter à lui-même, à ses "mauvaises" actions au service d'un idéal personnel de justice. Un face à face schizophrénique qui le poussera à commettre le pire... comme le meilleur.

"Il s'était convaincu qu'il voulait protéger l'innocence, alors qu'en réalité, il ne voulait que ramper dans les égouts en quête d'aventure ; il s'était vendu à lui-même un stock d'illusions sur la juste règle de la loi alors qu'en réalité il voulait se repaître des ténèbres qu'il prétendait mépriser, sa famille et ses femmes, jouant comme des tampons de sécurité, lorsque le noir commençait à le dévorer."

Un ultime tome des aventures d'Hopkins qui se révèle satisfaisant, bien plus que A cause de la nuit mais tout de même en-deçà de Lune Sanglante, et qui laisse espérer un futur apaisé à notre sergent préféré !

02/09/2014

Les monades urbaines - Robert Silverberg


Imaginez vous. Notre monde, dans plusieurs centaines d'années. 70 milliards de personnes, vivant sur approximativement 20 % de la surface terrestre quand les 80 % restants sont alloués à l'agriculture. Pour réussir à "stocker" tant de monde dans un espace si restreint, notre société future a du faire table rase du passé, au sens propre, détruisant tout sur son passage pour rendre possible la construction de monades, gratte-ciels de près de 3 kilomètres, véritables métropoles s'étalant à la verticale.

"Sur sa gauche, il voit la face occidentale de Monade 115, toujours dans l'obscurité. A sa droite, les fenêtres orientales de Monade 117 scintillent. D'où il est, lui apparaissent d'autres monades alignées en une longue file s'étirent contre l'horizon. Toutes identiques. Ce sont des tours gracieusement effilées, hautes de trois mille mètres, en béton précontraint. C'est une vision saisissante. Dieu soit loué s'exalte-t-il."

Mais comment une vie agréable et en communauté  est-elle possible dans un espace clos, quand bien même celui-ci est immensément grand ? Utopie ou folie ? C'est à ces questions que répond, il me semble, Robert Silverberg dans cette anticipation. Car malgré un bien-être apparent et une propagande prônant l'évitement de toute source de tension et la recherche du bonheur/plaisir, les différents personnages que l'on suit dans ce roman sont sujet à des remises en question : de leur mode de vie fermé et vertical et des comportements/attitudes que l'on attend d'eux.

Ils font ainsi preuve d'un libre-arbitre et d'une volonté de se libérer du carcan d'une société en fin de compte totalitaire. A leurs risques et périls, comme l'expérimenteront certains, vu que les déviants - appelés "anormo" - sont condamnés à "dévaler la chute" et servir ainsi de combustible, nécessaire à la production énergétique de chaque monade. Dans une moindre mesure, si notre comportement anormal n'est pas trop inquiétant, une petite lobotomie à base de dosage hormonal nous remet dans le droit chemin.

"Le refus de toute frustration est la règle de base dans une société telle que la nôtre, où les frictions les plus minimes peuvent conduire à d'incontrôlables oscillations discordantes."

Après une telle lecture, difficile de se dire qu'il y a 40 ans un homme ait pu avoir des idées aussi visionnaires sur l'évolution de nos technologies (si non de notre société et heureusement ! (en tout cas pour l'instant)). Intelligent, tant sur le fond que la forme, mais aussi bourré d'humour (surtout au début) je comprends maintenant pourquoi ses Monades urbaines sont considérées comme un chef d'œuvre de la SF. Un intemporel à découvrir impérativement !

Critique réalisée dans le cadre du challenge Morwenna's List organisé par Cornwall
http://laprophetiedesanes.blogspot.fr/p/les-niveaux-sont-en-fonction-du-nombres.html

29/08/2014

L'Éducation de Stony Mayhall - Daryl Gregory


John "Stony" Mayhall pourrait être un adolescent comme les autres, à l'exception peut-être du fait qu'il ne respire pas, que sa peau est grise et froide et qu'aucun sang ne coule dans ses veines. C'est un zombie me direz-vous alors ? Oui, mais pas un zombie comme les autres. Car l'auteur réussit bien à détourner l'image populaire du zombie écervelé et paradoxalement mangeur de cervelle en faisant de Stony un être humain sensible et sensé, personnage très attachant que l'on suit sur plusieurs décennies, de la non-vie à ... la non-vie.

Tout d'abord, le contexte, s'il n'est que peu évoqué, est important pour comprendre la suite de l'histoire. A la fin des années 60 a eu lieu la première vague d'épidémie zombiesque et près de 70 000 personnes furent contaminées puis abattues par le gouvernement américain. Depuis, des équipes de Fossoyeurs traquent les zombies solitaires qui auraient échappés à l'extermination, de peur d'une nouvelle épidémie qui éradiquerait tous les "souffleux" de la Terre.

C'est dans ce contexte de chaos et de peur que la famille Mayhall recueille un nouveau-né, apparemment mort de froid dans la neige. Attention, vous ne trouverez pas ici de scènes gores, de corps explosés viscères à l'air comme nous en régale souvent la série de comics Walking Dead. Mais ce n'est pas plus mal car l'une des grandes qualités de ce roman est qu'il arrive à sublimer le banal quotidien d'une famille (presque) normale grâce à des personnages authentiques dont les comportements sonnent tellement vrais qu'ils en paraissent réels, palpables. Un huis-clos à la fois chaleureux et oppressant, qui exacerbe les émotions des personnages et la façon dont nous - lecteurs - les ressentons. Un début très réussi !

Après cette première partie sur l'enfance/adolescence de Stony que l'on pourrait qualifier de classique, l'histoire prend une tournure différente, bien plus déjantée, jouant avec les codes du genre pour mieux les contourner. On en apprend aussi plus sur la nature des zombies et leur psychologie, une communauté à part avec des caractéristiques qui lui sont propres : croyances, revendications, espoirs et dissensions. Un savant dosage de fun, d'humour noir MV (comprendre Mort-Vivant) et de suspens mais aussi de scènes à l'atmosphère plus sombre, parfois dramatique.


"Ces souffleux [...] ont hâte de voir la fin du monde débouler. Pourquoi tu crois qu'ils font tant de films là-dessus ? C'est leur putain de fantasme. Ils meurent tous d'envie de voir la civilisation brûler, les lois partirent en fumée. Ils veulent que les monstres attaquent. Tu sais pourquoi ? Parce qu’alors, ils auront une bonne excuse pour faire ce qu'ils ont toujours voulu faire : descendre leur prochain."

Mais après une montée en puissance qui se conclut par un passage à Deadtown, la dernière partie du roman se révèle être la moins satisfaisante. Une fin qui parait pourtant inévitable vu le cours des événements mais traitée ici d'une manière trop conventionnelle, tranchant sensiblement avec le reste du récit qui semblait pourtant vouloir se détacher des règles tacites du genre post-apo zombie. Une fin qui m'a donc laissée un peu sur ma faim, sans toutefois entamer la qualité globale du roman.

Autre petit regret, tout l'aspect médical et scientifique à propos de la nature des zombies, leur origine et leur métabolisme est bâclé sur la fin alors que ces recherches et "essais cliniques" sont évoqués tout au long du roman et plus particulièrement dans la troisième partie. Une petite déception compte tenu du caractère hautement passionnant de ce morceau d'intrigue, resté malheureusement en friche.

Malgré une baisse de tension à la toute fin, L'Éducation de Stony Mayhall reste un roman qui se dévore d'une traite et nous tient en haleine du début à la fin, alternant avec habileté humour et émotion, passant du rire aux larmes. Grâce à une écriture très fluide et rythmée, quasi cinématographique, ce roman nous happe dès les premières pages. Mais plus qu'un excellent page-turner c'est aussi une réflexion sur la condition humaine, la différence et le rapport à l'autre. J'en reprendrai d'ailleurs bien un morceau, pas vous ?